« 30 janvier 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 51-52], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.99, page consultée le 24 janvier 2026.
30 janvier [1836], samedi matin, 9 h. ½
Bonjour mon cher adoré, je suis bien mécontente contre vous mon cher petit homme,
il
n’est pas permis d’abuser à ce point de la crédulité d’une femme qui vous aime. Que
vous est-il donc arrivé que vous n’êtes pas venu après m’avoir tant promis que je
vous
verrais ? Vous ne savez pas, vous, parce vous ne sentez pas l’amour aussi vivement
que
moi, combien vous m’avez fait de peine en me manquant de parole. Je suis très triste
ce matin et je vous aime comme à l’ordinaire, de toute mon âme.
Je suis un peu
souffrante ce matin ; je ne sais pas si ce temps-là n’y est pas pour quelque chose,
mais j’ai un mal de tête à n’y pas voir clair. Si vous étiez venu cette nuit, ça ne
serait pas arrivé. Vous voyez bien, mon cher petit homme, que vous avez été doublement
méchant en ne tenant pas votre promesse. Je vous cache depuis le commencement de ma
lettre un soupçon affreux qui n’a fait que croître depuis que je vous écris : c’est
que je crois que vous êtes allé au bal cette nuit et que contrairement à nos
conventions vous y serez entré et de là, vous aurez été raccroché, intrigué et retenu
jusqu’au matin où vous serez rentré chez vous sans avoir eu le temps de venir chez
moi. Je vous avoue, mon cher bien-aimé, que cette idée n’est pas assez impossible
pour
que je ne m’en tourmente pas beaucoup jusqu’à ce que je vous aie vu. Je vous aime,
MOI. Je vous aime bien à fond.
Je serai bien triste et bien contente si vous ne
m’avez pas trahie cette nuit.
J.
« 30 janvier 1836 » [source : Médiathèque de Fougères, sans cote ], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.99, page consultée le 24 janvier 2026.
30 janvier [1836]a1, samedi soir, 9 h.
Pauvre cher petit Toto, tu n’es pas revenu, tu auras encore été pris par une
conversation longue et fatigante et qui t’aura fait mal. Je voudrais déjà t’avoir
revu
pour savoir comment tu vas. Je voudrais t’avoir auprès de moi pour te caresser et
te
soigner bien comme il faut.
Mon Dieu que je t’aime mon pauvre cher bien-aimé. Je
voudrais te donner mes yeux, mes entrailles, et ma vie. Je voudrais te servir. Je
voudrais bien des choses……
Je voudrais t’empêcher de travailler surtout quand
tes pauvres yeux et tes chères petites entrailles sont aussi malades qu’aujourd’hui.
Je te demande, mon cher bien-aimé, si j’ai été injuste envers toi tantôt, mais
je croyais vraiment que tu avais passé la nuit au bal.
Pardon, mon cher petit homme adoré. Pardon si j’ai été injuste et soupçonneuse à tort.
C’est que je t’aime, vois-tu. Je t’aime ! Tâche de venir de bonne heure, mon chéri,
je
te soignerai bien, je te dorlotterai bien, je te caresserai bien et je ne vous ferai
pas prendre de Négasseck2 puisque vous n’en voulez
pas prendre. Mais je vous ferai prendre beaucoup d’amour, beaucoup de caresses et
beaucoup de tendresses parce que j’ai de tout cela beaucoup.
J.
1 Par le calendrier perpétuel, qui montre que le 30 janvier ne tombe pas un samedi en 1835, mais bien en 1836 ; par la lacune de la lettre du soir dans le corpus de la BnF, que comble cette lettre conservée à la Médiathèque de Fougères ; par le contenu de la lettre, qui évoque les maux de ventre de Hugo, et la suspicion de Juliette (est-il allé au bal ?), évoqués dans la lettre précédente du samedi matin.
2 Du nom de son inventeur, le Négasseck est un médicament émollient utilisé dans les troubles de la digestion.
a Ajouté d’une autre main : « 1835 ou 1836 ». Pour plusieurs raisons concordantes, la datation de 1836 n’est pas douteuse
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
